lundi 1 juin 2015

Le biorégionalisme.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Bior%C3%A9gionalisme

Article: Aux sources du biorégionalisme

Aux sources du biorégionalisme

Aux sources du biorégionalisme
Éléments :
La Planet Drum Foundation a été créée en 1973 afin de promouvoir une écologie enracinée, sous la forme de propositions concrètes telles que le « développement durable » (sustainability) ou l’autodétermination régionale. Vous avez développé le concept original de « biorégionalisme », auquel vous avez consacré de nombreux ouvrages. Qu’entendez-vous exactement par là ? Est-ce le même concept que celui que l’on trouve, sous ce nom, dans les livres de Kirkpatrick Sale (Dwellers in the Land. The Bioregional Vision, Philadelphie) et de Michael Vincent McGinnis (Bioregionalism, Londres, 1999) ? Qu’est-ce qu’une « biorégion » et, au sein d’une biorégion, une « écorégion » ?
Peter Berg :
Une biorégion est un espace géographique formant un ensemble naturel homogène, que ce soit pour le sol, l’hydrographie, le climat, la faune ou la flore. La population fait également partie de la biorégion, mais dans la mesure où elle vit en harmonie avec ces données naturelles et où elle en tire sa subsistance à long terme. En d’autres termes, une population ne peut faire partie intégrante d’une biorégion que si elle en protège et en maintient les équilibres naturels. C’est ce que nous appelons la « ré-habitation » (reinhabitation), qui consiste en une relation d’interdépendance et d’échange avec l’écosystème de la biorégion.
Kirkpatrick Sale et Michael McGinnis ont été directement influencés par les auteurs et les militants de la Planet Drum Foundation. Tous les deux se sont référés à un article intitulé « Reinhabiting California », écrit en 1978 par Raymond Dasmann et moi-même, article dans lequel étaient définis pour la première fois les termes de « biorégion » et de « ré-habitation ».
Quant au mot « écorégion », il désigne un espace géographique décrit en termes strictement biologiques, indépendamment de toute présence humaine, contrairement à la biorégion. D’autres termes sont parfois employés pour des besoins scientifiques, comme « province biotique » (biotic province) et « zone biogéographique » (biogeographical zone).
Éléments :
Pouvez-vous préciser le concept de « ré-habitation » ?
Peter Berg :
La ré-habitation est un mode de vie qui assure la pérennité du système écologique par un développement durable, en veillant à ne pas le détruire pour tout ce qui concerne les besoins de la population en matière de nourriture, d’eau, d’énergie, d’habitat et de culture.
Éléments :
Vous avez conçu des programmes spécifiques pour de grandes métropoles comme San Francisco ou Cleveland, et vous avez soutenu la construction d’une « cité verte » à Bahia de Caraquez, en Équateur. Comment le biorégionalisme peut-il être appliqué au mode de vie urbain ?
Peter Berg :
Le développement durable des villes est l’un des problèmes cruciaux de notre temps, du fait du désastre écologique qu’entraîne une croissance urbaine aux proportions alarmantes. La seule façon d’y remédier est d’adapter les villes à leur environnement biorégional. Le biorégionalisme peut alors être appliqué par le biais de politiques urbaines préservant les ressources de base comme l’alimentation, l’eau, l’énergie, etc. Ce qui implique une attitude nouvelle dans le mode de vie urbain, chacun devant se sentir responsable du maintien du patrimoine écologique commun, notamment en s’impliquant personnellement dans le recyclage et dans la lutte contre le gaspillage. Autrement dit, il faut promouvoir dans les villes une mentalité de « pionnier écologique ».
Éléments :
Vous défendez une forme d’« écologie profonde » qui implique une nouvelle conscience culturelle. Comment vous situez-vous par rapport à d’autres organisations comme Earth First, dont les membres se considèrent comme des « écoguerriers » (ecowarriors) ? Est-ce la même écologie profonde que celle dont se réclame par exemple Arne Naess ? Et que pensez-vous des ouvrages d’Edward Goldsmith et Jerry Mander ?
Peter Berg :
La Planet Drum Foundation a été présentée comme un exemple d’application concrète de l’écologie profonde par le premier livre américain consacré aux thèses d’Arne Naess. Ce n’est d’ailleurs pas un terme que nous utilisions jusqu’alors, mais nous l’avons accepté. Je pense que Earth First et autres « écoguerriers » peuvent être considérés comme l’aile protestataire de l’écologie profonde, alors que les biorégionalistes en constituent plutôt l’aile constructrice. Les biorégionalistes s’efforcent de créer des modèles viables pour une société écocentrée.
Directeur de The Ecologist, Edward Goldsmith a publié Reinhabiting California, le premier essai biorégionaliste. Il adhère parfaitement à notre approche biorégionale. J’ai beaucoup d’admiration pour son œuvre et je considère que ses récentes réflexions sur les barrages et le génie génétique sont extrêmement pertinentes. Quant à Jerry Mander, il soutient depuis près de deux décennies le courant biorégionaliste et voit en lui une alternative à la globalisation.
Éléments :
Outre vos publications, quelles sont vos activités ? Pouvez-vous nous donner quelques exemples parmi les initiatives que vous avez prises ces dernières années ? Quels en ont été les objectifs ?
Peter Berg :
Durant quelque trente années de militantisme biorégionaliste, des dizaines d’initiatives ont été prises. La plus éclatante a été la création de centaines d’antennes biorégionales axées sur le problème de l’eau, aux États-Unis, au Canada, au Mexique, en Australie, en Amérique du Sud et dans certaines parties de l’Europe comme la biorégion du Pô, en Italie. Ces antennes fonctionnent comme des « gouvernements fantômes », proposent des politiques et s’engagent dans des actions concrètes. Leurs buts varient selon le contexte local. Par exemple à Tepoztlan, au Mexique, les paysans et les villageois se sont organisés selon un modèle biorégionaliste pour empêcher des intérêts étrangers de détourner leurs ressources en eau pour un projet qui aurait détruit leur mode de vie. Ils ont aussi commencé à adopter une agriculture biorégionale, à travailler à la restauration de leur écosystème et à développer un programme d’éducation écologique. Environ 850 biorégionalistes sont venus les assister. À Toronto, au Canada, les biorégionalistes ont œuvré à une réorientation plus positive de la planification urbaine relativement au lac Ontario et au réseau hydrographique de la région qui entoure la ville. Enfin à Missoula, dans le Montana, le maire s’est rallié à l’idée selon laquelle la politique urbaine ne devait plus se borner aux limites mêmes de la ville, mais à l’ensemble biorégional qu’elle forme avec son environnement hydrographique.
Les activités biorégionalistes les plus marquantes sont celles qui concernent la restauration des écosystèmes (forêts, faune, etc.) et le développement durable en milieu urbain.
Éléments :
L’association de l’écologisme et du féminisme semble assez répandue aux États-Unis. Qu’est-ce que vous en pensez ? Et peut-on parler d’un « écoféminisme » ?
Peter Berg :
Il vaudrait sans doute mieux poser la question à une femme ! Mais, pour moi, l’écoféminisme est une dimension indispensable du biorégionalisme.
Éléments :
Y a-t-il une dimension spirituelle du biorégionalisme ? Vous avez dit que les lieux où nous vivons devraient être vénérés. Et parfois, vous utilisez les noms païens des fêtes traditionnelles, comme les solstices. Croyez-vous à la possibilité d’un retour du sacré ?
Peter Berg :
Il y a une vingtaine d’années, je me suis rendu compte qu’il y avait parmi les biorégionalistes des bouddhistes, des chrétiens, des juifs et des païens. Il est sans doute possible d’être biorégionaliste, quelle que soit sa croyance religieuse. Tous considèrent que la biosphère est sacrée. C’est aussi ce que je crois personnellement, sans être attaché à une forme religieuse particulière. Les grandes fêtes de la planète comme les solstices et les équinoxes sont pour chacun d’entre nous l’occasion d’éprouver la sacralité de la Terre.
Éléments :
Dans un monde où les forces politiques traditionnelles semblent en voie d’épuisement et où l’État-nation devient de jour en jour plus obsolète, comment voyez-vous le lien entre écologie et politique ? Croyez-vous en de nouvelles formes d’entité politique telles que les communautés de base, la démocratie directe, le principe de subsidiarité ou le recentrage autour d’une identité spécifique ou de valeurs communes ? Qu’entendez-vous exactement lorsque vous dites que « ce que signifiait “liberté” au XVIIIe siècle et ce que signifiait “justice sociale” ensuite sont aujourd’hui devenus l’esprit d’interdépendance » ?
Peter Berg :
Nous assistons, en effet, au dépérissement de l’État-nation, auquel se substituent de nouvelles forces globalisantes comme l’Union européenne ou l’Alena. Mais il est également remplacé au niveau local par l’autonomie, le séparatisme ethnique et la décentralisation. Je crois que cette révolution tranquille tendra à être de plus en plus biorégionale parce que le développement durable exigera le maintien des équilibres naturels. C’est la seule voie raisonnablement possible pour les acteurs de la décentralisation. Ceux-ci ne manqueront pas de se heurter aux forces de la mondialisation, et ils devront s’unir pour les combattre et, si possible, les réduire, un peu comme des guérilleros face à une armée d’occupation. Je verrais volontiers se constituer entre les biorégions une alliance suffisamment forte pour contenir les pouvoirs globalisants et négocier avec eux. Nous avons d’ores et déjà créé un groupe appelé Bioregional Association of the Northern Americas afin d’entamer ce processus de rapprochement entre les biorégions d’Amérique du Nord. Ce mouvement, qui vise à l’unité dans la diversité, est ce qui m’a amené à dire que l’esprit d’interdépendance devenait l’équivalent contemporain des anciennes aspirations à la liberté.
Éléments :
Votre journal s’appelle Raise the Stakes, que l’on peut traduire par « Dressez des bornes ». Mais s’il est en effet nécessaire d’élever des bornes, cela ne sera peut-être pas suffisant pour inverser le courant. Le monde dans lequel nous vivons est de plus en plus soumis à la logique du marché capitaliste. À travers le processus de globalisation de l’économie, de la technologie, de l’information, des finances, etc., le résultat de cette logique est la création d’un monde de plus en plus homogène. Quel serait, selon vous, le meilleur moyen pour s’opposer à ce processus et apporter un autre contenu à la mondialisation ?
Peter Berg :
Je crois que beaucoup de gens seront surpris de découvrir que l’avenir appartient autant au « local » qu’au « global ». Cette évolution viendra de la nécessité d’un développement durable pour compenser les effets destructeurs du marché. Des monnaies locales commencent déjà à apparaître aux États-Unis, et je suis persuadé qu’un phénomène équivalent se produira partout en Europe. Des systèmes de régulation et de restriction locaux ne vont cesser de se développer. La qualité de la vie est indubitablement meilleure quand elle est d’abord fondée sur la bonne gestion et l’utilisation raisonnable des ressources locales, notamment en matière alimentaire.
Éléments :
Il y a des gens qui considèrent l’écologie (et même l’écologie profonde) avec sympathie, mais qui pensent que l’économie de marché peut facilement intégrer ses préoccupations. Dans l’histoire, le système capitaliste s’est toujours adapté aux situations les plus différentes. Il n’est donc pas absurde d’envisager un « capitalisme vert ». Qu’en pensez-vous ?
Peter Berg :
Il ne s’agit pas là de « capitalisme », mais d’une interaction naturelle entre les besoins des hommes et les ressources disponibles. Le capitalisme dans sa forme actuelle n’est pas une fatalité. L’interaction entre les besoins des hommes et les ressources disponibles peut être envisagée de multiples façons, et engendrer des alternatives économiques et sociales très différentes les unes des autres. Le tout écologique peut même, le cas échéant, se substituer au tout économique.
Animée par Peter Berg, la Planet Drum Foundation est très active aux États-Unis. Son expérience du biorégionalisme est une illustration passionnante des thèses développées dans ce dossier.
Propos recueillis par Alain de Benoist et Michel Marmin, Éléments n°100, 2001.
PLANET DRUM FOUNDATION, PO Box 31251, San Francisco, CA 94131, États-Unis.
www.planetdrum.org/

Le Biorégionalisme, une démocratie par le bas.

Construire le « biorégionalisme », une démocratie par le basClés pour comprendre

6 septembre 2010

Christian Arnsperger, chercheur au FNRS, est économiste à la Chaire Hoover d’Ethique économique et sociale de l’Université catholique de Louvain (UCL). Auteur de plusieurs ouvrages (1), il explore des pistes innovantes pour affronter notre angoisse de la perte et de la mort, dont profite le système capitaliste pour nous aliéner et perpétuer les inégalités. Entretien.

Une perversion totale

Comment avons-nous pu construire un système aussi destructeur que le nôtre ? Comment en sommes-nous arrivés là ? 
Le système que nous avons construit n’était, en fait, pas perçu comme destructeur au départ – à l’exception, bien sûr, des marxistes et des socialistes critiquant la Révolution industrielle. Il y a deux siècles, les destructions écologiques étaient moins alarmantes qu’aujourd’hui, et les destructions humaines moins visibles et plus acceptées socialement. Il régnait une vision plutôt utilitariste : même si quelques-uns trinquaient, les bénéfices et le « progrès » que nous en retirions paraissaient en valoir la peine. Au 18e siècle, des penseurs comme Adam Smith (2) considèrent que la recherche de la valorisation de la propriété privée est l’expression de notre liberté. C’est pour promouvoir cette valorisation, avec l’aide de la puissance publique, que le système capitaliste s’est mis en place. Mais à l’origine, au fondement de cette idée que la propriété privée c’était la liberté, on trouve en fait la peur de la mort (3). La propriété est perçue comme synonyme de protection, de solidité, elle nous rassure. On peut la transmettre à travers les générations ; les sociétés, les « corporations » survivent aux personnes.
Quel bilan tirez-vous aujourd’hui du capitalisme ?
Le capitalisme a créé un environnement naturel et humain irrespirable. Certains écologistes croient qu’il suffira de protéger l’environnement naturel, de promouvoir le capitalisme vert, pour nous en sortir, mais ce n’est pas vrai. L’engrenage dans lequel nous sommes a engendré une perte de ce qu’Ivan Illich appelle la convivialité, cette convivialité qui concerne aussi bien nos liens entre humains qu’avec la nature. L’exploitation de l’homme par l’homme n’est que la poursuite de l’exploitation de la nature par l’homme : c’est déjà ce que disait Marx dans sa jeunesse. Nous sommes aujourd’hui allés trop loin dans ce modèle où nous pensons pouvoir nous passer du commerce de proximité, des échanges locaux, de la convivialité… On s’en passe, c’est vrai, mais au prix d’une fragilisation énorme. Jusqu’à quand allons-nous tolérer que, au nom de l’approvisionnement de l’Occident en produits à bas prix venus du monde entier, on précipite quasiment toute la population mondiale dans la fragilité ?

Une convivialité à l’aune de notre modernité


On a le sentiment que, comme à la fin des années 60, la critique du capitalisme reprend aujourd’hui de nouvelles formes, de nouvelles couleurs…

Nous avons vécu, dans les années 1980-90, une espèce de réaction angoissée à la crise pétrolière, au renchérissement du prix de l’énergie : les privilégiés ont mis en œuvre la mondialisation du commerce et le libre marché financier, pour avoir accès aux richesses de la planète tout en ne devant plus financer les services publics par l’impôt et les cotisations. Aujourd’hui, la génération qui a grandi dans ces décennies-là voit bien que les promesses de cette libéralisation (la pauvreté allait disparaître, nous allions travailler toujours moins, etc.) n’ont pas été tenues. Et ces jeunes retrouvent tout doucement le chemin de penseurs comme Ivan Illich, Ernst Schumacher ou André Gorz. On assiste à une résurgence de ce que les années 1960 avaient essayé de proposer, avec peut-être plus de chances de réussir cette fois-ci car aujourd’hui, contrairement à l’époque, le consumérisme s’essouffle pour une frange de plus en plus visible de la population. Mais la peur de manquer peut toujours ressurgir, et à cause de cette angoisse beaucoup continuent à soutenir le système actuel en se disant que, malgré les crises à répétition, il finira bien par résoudre nos problèmes…
Quelles sont les pistes pour sortir du modèle capitaliste-consumériste actuel ?
Nous devons partir des ancrages locaux pour construire et encourager des solidarités nouvelles : c’est le « biorégionalisme », une démocratie politique, économique et sociale par le bas (4). Certaines personnes qui s’installent ou se réinstallent à la campagne, notamment, y cherchent un espace-temps ouvert à la convivialité, où l’on peut compter sur d’autres que les « professionnels de l’aide » (cette aide qui s’est elle aussi transformée en marché, à présent). Mais cette convivialité n’est pas simplement champêtre ; elle est à repenser à l’aune de notre modernité, à renouveler par le biais de l’urbanisme durable. Il ne faut pas qu’elle soit étouffante ou que les gens retombent dans la tyrannie de la communauté ; on ne doit pas glorifier béatement la « vie de village » ou les tribus « primitives ». Ceux qui participent aux groupes de simplicité volontaire, quant à eux, refusent que le « progrès économique » d’une minorité nous soit imposé alors que, pour la majorité d’entre nous, il se fait sur notre dos. Ils veulent s’asseoir, respirer, construire pas à pas une vraie solidarité. Il nous faut retrouver de l’autonomie dans nos choix, à la fois politiques et économiques.

Luttes sociales « classiques » et luttes nouvelles

Y a-t-il des clés à aller chercher du côté de la reconnexion à la nature et/ou à notre corps ?
Le moins que l’on puisse dire, c’est que le capitalisme entend s’occuper de notre rapport au corps ! … Objet sexuel, de jouissance effrénée, de malbouffe, il nous faut nous défaire de cela, retrouver la vraie maîtrise du corps non pour se crisper toujours davantage, mais au contraire pour pouvoir lâcher prise. Quant au rapport avec la nature, le système de production et de travail dans lequel nous sommes nous coupe tout à fait du vivant (humain et non humain). Notre espace-temps est quadrillé par le capitalisme, et notre régime de propriété fait que la nature n’est plus vraiment accessible dans des espaces communs, ouverts.
Je plaide pour que les pouvoirs publics fassent quelque chose, notamment en soustrayant des terrains au marché pour que des initiatives de vraie convivialité puissent éclore (écovillages, etc.). Nos rapports à la nature et au corps sont très parasités par le capitalisme, et pour retrouver nos connexions profondes nous devons, aujourd’hui, devenir des militants anti-capitalistes. Nous sommes à une époque où, au nom du corps, de la nature et de la vie, le questionnement idéologique sur l’économie ne peut pas être évité.
Nous en sommes actuellement à une réflexion très individuelle. Comment passer au niveau collectif, sociétal ?
Il y a une progression naturelle : le noyau du choix, c’est l’individu. On ne va pas recommencer avec des diktats et des embrigadements. Moi, je vois une dynamique du côté de la formation permanente et du tissu associatif, où des mobilisations peuvent se faire très vite. Pour démarrer, le meilleur niveau d’action est le niveau communal. Il y a là un réseau qui peut être exploité, la convivialité est potentiellement forte, et des gens s’y mettent – comme par exemple dans le mouvement des Villes en Transition (5). Il est difficile de dire quelles sont les catégories de la population qui sont déjà à même de monter au créneau. On est souvent étonné, d’ailleurs, de voir la diversité des gens qui réagissent, ce qui est à la fois une force et une faiblesse, car on ne sait pas trop a priori à qui s’adresser, ni quel est le potentiel de mobilisation du mouvement.
Je crois que le schéma à mettre en place comprend à la fois des luttes sociales « classiques », avec les syndicats, les mouvements féministes ou encore les collectifs de défense des sans-papiers, qui doivent continuer de plus belle (il faut lutter contre la mondialisation actuelle, pour que les plus riches soient plus solidaires) et des luttes nouvelles. Il faut que des ponts soient jetés entre ces différentes parties de la société civile.
Ceux qui bougent sont évidemment ceux qui ne sont pas tétanisés par la peur – celle de perdre leur travail, notamment. Mais est-ce que ça n’a pas toujours été comme ça ? A partir du moment où l’on va se rendre compte que, malgré tout ce qu’on nous a promis, beaucoup perdent malgré tout leur boulot, et que la croissance engendre du chômage, peut-être que ça va finir par bouger ?
Article publié dans Imagine demain le monde (n°80 – juillet & août 2010)
(1) Dont le récent Ethique de l’existence post-capitaliste : Pour un militantisme existentiel, Editions du Cerf, 2009.
(2) Adam Smith est le père de la science économique moderne et son œuvre principale, La richesse des nations, est un des textes fondateurs du libéralisme économique.
(3) Cf. Jacques Attali, Au propre et au figuré : Une histoire de la propriété, Fayard, 1988 (réédité au Livre de Poche). Voir aussi Christian Arnsperger, Critique de l’existence capitaliste : Pour une éthique existentielle de l’économie, Editions du Cerf, 2005.
(4) Voir le blog de Christian Arnsperger : http://transitioneconomique.blogspot.com/
(5) Voir Imagine 74, juillet-août 2009, ainsi que http://villesentransition.net/

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